(Roman) L'ascète du désir, plongeon dans l'érotisme


(Roman) L'ascète du désir, plongeon dans l'érotisme

Il m'arrive de faire des découvertes absolument fortuites et peu banales. C'est en me baladant direction notre cours hebdomadaire de tango que je suis tombée sur ce livre, dans la boîte d'échange entre voisins à l'angle du petit parc. Une phrase a profondément éveillé ma curiosité en quatrième de couverture "Si le kama sutra est le traité de technique philosophico-érotique le plus lu au monde, on ignore tout, ou presque, de son auteur, Vatsyayana, (...)." La deuxième chose qui m'a titillée c'est le fait que l'auteur est un éminent psychanalyste.

Sans pouvoir expliquer pourquoi, j'ai eu l'impression, et ce, tout au long de cette très agréable lecture, d'avoir l'incroyable opportunité de plonger dans une vie qui m'était profondément étrangère et en même temps complètement fascinante. Un peu à la manière de cette émission sur la prétendue inexistence de l'amour au Japon.

Je recommande vivement cette lecture à :
  • tous les assoiffés d'exotisme
  • tous ceux qui n'ont pas peur d'aborder la "chose" sans pour autant tomber dans le vulgaire ; sorte de sublimation en fait
  • tous les amoureux de l'Inde
  • tous les curieux

Voici quelques délicieux extraits :
(Roman) L'ascète du désir, plongeon dans l'érotisme"Je pourrais, comme Chatursen le fit plus tard, lui appliquer, et ce ne serait que justice, les métaphores en cours auprès de ses amis poétaillons : grands yeux de biche sous des sourcils bandés comme l'arc de Kama, grande bouche aux lèvres charnues, comme gonflées par une piqûre 'abeille, taille fine soulignée par l'esquisse des trois plis répondant au canon indien de la beauté, hanches pleines, cuisses douloureusement longues et fuselées comme le tronc d'un bananier... Pures conventions poétiques, ces métaphores sont davantage destinées à éveiller les fantasmes érotiques des jeunes gens qu'à décrire une personne réelle. Malavika n'était plus une jeune fille de seize ans à l'orée de la vie sensuelle mais une femme approchant la trentaine, resplendissant des tous les secrets de sa sexualité plutôt que de la promesse de son éclosion. Les images d'alors imprimées dans mon esprit ne sont pas celles de son visage et de son corps mais de détails exquis qui resteront à jamais uniques. Je me souviens du joli réseau de perles de sueur qui courait à la commissure de ses lèvres, du bracelet de jasmin à son poignet, de la pâle et délicate soierie qui, drapée sur ses seins épanouis, ne dissimulait pas leur éclat doré, de son regard franc qui coula en moi tel un nectar tandis qu'elle me présentait mon verre. L'impression qu'elle me fit n'était pas définie par l'évidence de sa beauté physique mas par l'incomparable féminité qui émanait de son visage et de ses membres. "
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"Le but manifeste de la science érotique (je parlerai plus tard de son but caché) est d'aider les hommes et les femmes à augmenter leur plaisir sexuel, plaisir rendu possible par l'excitation. L'excitation sexuelle est un état fragile, un bouton sans cesse menacé par la droiture de l'ennui. Une grande partie du Kama sutra vise donc à empêcher la rencontre sexuelle de devenir mécanique et prévisible. Par essence, la lassitude sexuelle est la perte du risque. La variété des positions, des égratignures, des morsures et des coups introduit cet élément d'incertitude, cette infime possibilité d'échec dans le contexte plus vaste e l'anticipation du triomphe. Le risque ne réside pas seulement au niveau premier du corps mais aussi au niveau plus subtil de l'esprit. Ainsi, avec chaque nouveau partenaire existe toujours la possibilité d'un verdict éreintant, la possibilité que notre peu d'attrait soir révélé aux yeux de l'amant ou ressenti par ses membres, la possibilité que soit ravivée la honte de l'homme-lièvre ou la mortification de la femme-éléphant." 
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Pendant deux ans, Ganadasa avait été l'apprenti d'un vaid, avant d'abandonner ses études de médecine et d'entreprendre le non moins ardu apprentissage du cuisinier. "Les préparations médicinales et la cuisine ont en commun l'association et le perfectionnement des substances, disait-il souvent. Comme en pharmacie, dans l'art culinaire on combine, en évitant les incompatibilités, les ingrédients dont les propriétés sont complémentaires puis on les perfectionne par le biais de la cuisson pour les doter de qualités autres que celles dont la nature les a pourvus. Ganadasa avait une conception noble de sa fonction, qu'il essayait d'inculquer à ses aides et disciples. "L'alimentation, affirmait-il, contribue à la réussite de toutes les activités : celles grâce auxquelles on atteint à la prospérité, celles qui procurent les plaisirs sexuels, jusqu'à celles dont le but est la délivrance des cycles de la naissance puisque les ascètes engagés dans cette voie doivent suivre un régime végétarien. Tout repas est un sacrifice offert aux dieux. De même que le prêtre nourrit exclusivement le feu rituel d'ingrédients purs, de même le cuisinier doit procurer des offrandes saines au feu digestif qui habite le corps. C'est pourquoi, tout comme un prêtre ne peut être que brahmane, seul un brahmane peut être cuisinier."

Je vous souhaite une douce lecture, d'ailleurs quelles sont les vôtres en ce moment ?

PS : Et pourquoi ne pas filer en Chine ensuite ? ou alors au Japon ?

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