(Roman) La vérité sur l'Affaire Harry Quebert de Joël Dicker



"Savez-vous pourquoi on doit vous lire vos droits dans ce pays ? Parce que dans les années 1960, un certain Ernesto Miranda a été condamné pour viol sur la base de ses propres aveux. Eh bien, figurez-vous que son avocat a décrété que c'était injuste parce que ce brave Miranda n'était pas allé bien longtemps à l'école et qu'il ne savait pas que le Bill of Rights l'autorisait à ne rien avouer. L'avocat en question a fait tout un foin, saisi la Cour suprême et tout le tralala et figurez-vous qu'il gagne, ce con ! Aveux invalidés, arrêt Miranda contre Etat de l'Arizona célèbre, et désormais le flic qui vous coffre doit ânonner : "Vous avez le droit de garder le silence et le droit à un avocat, et si vous n'avez pas les moyens, un avocat vous sera commis d'office."
 (Extrait de La vérité sur l'Affaire Harry Quebert de Joël Dicker)


Lorsque Marion m'a proposée une lecture simultanée, j'ai été ravie, et lorsqu'elle a proposé de chacune en faire un compte rendu sur nos blogs respectifs, j'ai trouvé l'idée géniale. C'est donc avec délectation que je me suis plongée dans La vérité sur l'Affaire Harry Quebert, l'appétit ouvert par une belle citation que j'avais retranscrite sur le blog plusieurs mois plus tôt.
"- Mais vous... vous n'avez jamais eu ce problème ? Il éclata d'un rire sonore.- La page blanche ? Vous plaisantez ? Mon pauvre ami, bien plus que vous ne pouvez l'imaginer !- Mon éditeur dit que si je n'écris pas un nouveau livre maintenant, je suis fini.- Vous savez ce qu'est un éditeur ? C'est un écrivain raté dont le papa avait suffisamment de fric pour qu'il puisse s'approprier le talent des autres. (...)"
Et là, je fus rapidement toute surprise. Car la vie de l'auteur et du personnage principal sont grandement liées, jusqu'à quel point ? On ne le sait jamais tout à fait. Non mais, quelle suffisance, il ne parle tout de même pas de lui là ? Le doute pousse à privilégier l'histoire, une histoire inventée. Pourtant à la fois l'auteur et le personnage principal en sont à leur 2e roman, tous deux écrivains, jeunes, avec cette fameuse photo en portrait sur la 4e de couverture... beaucoup, beau-coup de coincidences... et c'est finalement hyper perturbant...
"- Dites-nous, jeune homme : aimez-vous vous faire sucer par les garçons ou par les filles ?
- Par les filles, professeur Quebert, Je suis un bon hétérosexuel et un bon Américain. Dieu bénisse notre Président, le sexe et l'Amérique.
L'auditoire, médusé, éclata de rire et applaudit. Harry (ndlr : le professeur Quebert) était enchanté. Il expliqua à l'intention de mes camarades :
- Vous voyez, désormais plus personne ne regardera ce pauvre garçon de la même manière. Tout le monde se dira : celui-ci, c'est le gros dégueulasse qui aime les gâteries. Et peu importent ses talents, peu importent ses qualités, il sera à jamais "Monsieur Pipe". (Il se tourna à nouveau dans ma direction.) Monsieur Pipe, pouvez-vous nous indiquer maintenant pourquoi vous nous avez fait de telles confidences alors que vos autres camarades ont eu le bon goût de se taire ?
- Parce qu'au paradis de la quéquette, professeur Quebert, le sexe peut vous perdre mais il peut vous propulser au sommet. Et à présent que tout l'auditoire a les yeux rivés sur moi, j'ai le plaisir de vous informer que j'écris de très bonnes nouvelles qui paraissent dans la revue de l'université, dont des exemplaires seront en vente pour cinq petits dollars à l'issue de ce cours."
Et ce n'est pas le seul procédé stylistique original employé par Joël Dicker, qui sait indéniablement emmener son lecteur. Je loue son originalité (le 1er chapitre est en réalité le numéro 31, et cela s'égrène au fil des pages tel un compte à rebours), la simplicité de son style, son franc-parler aussi. Il mêle talent-tueusement histoire d'amour et policier haletant. Car oui d'amour, on en parlera beaucoup, dans tous ses aspects...
"Si les écrivains sont des êtres si fragiles, Marcus, c'est parce qu'ils peuvent connaître deux sortes de peines sentimentales, soit deux fois plus que les êtres humains normaux : les chagrins d'amour et les chagrins de livre. Ecrire un livre, c'est comme aimer quelqu'un : ça peut devenir très douloureux."
... mais pas autant que d'écriture :
"Qu'est-ce que vous en pensez ? - C'est pas mal. Mais je crois que vous prêtez trop d'importance aux mots.- Le mots ? Mais c'est important quand on écrit, non ?- Oui et non. Le sens du mot est plus important que le mot en lui-même.- Que voulez-vous dire ?- Eh bien, un mot est un mot et les mots sont à tout le monde. Il vous suffit d'ouvrir un dictionnaire, d'en choisir un. C'est à ce moment-là que ça devient intéressant : serez-vous capable de donner à ce mot un sens bien particulier ?- Comment ça ?- Prenez un mot, et répétez-le dans un de vos livres, à tout bout de champ. Choisissons un mot au hasard : mouette. Les gens se mettront à dire, en parlant de vous : 'TU sais bien, Goldman, c'est le type qui parle des mouettes.' Et puis il y aura ce moment où, en voyant des mouettes, ces mêmes gens se mettront soudain à penser à vous. Ils regarderont ces petits oiseaux piailleurs et ils se diront : 'Je me demande ce que Goldman peut bien leur trouver.' Puis ils assimileront bientôt 'mouettes' et 'Goldman'. Et chaque fois qu'ils verront des mouettes, ils penseront à votre livre et à toute votre oeuvre. Ils ne percevront plus ces oiseaux de la même façon. C'est à ce moment-là seulement que vous savez que vous êtes en train d'écrire quelque chose. Les mots sont à tout le monde, jusqu'à ce que vous prouviez que vous êtes capable de vous les approprier. Voilà ce qui définit un écrivain. Et vous verrez, Marcus, certains voudront vous faire croire que le livre est un rapport aux mots, mais c'est faut : il s'agit d'un rapport aux gens."
Je conseille vivement cette lecture à tous ceux qui recherchent une histoire facile à lire, haletante et bien ficelée. Vous passerez un agréable moment et tiendrez entre vos mains un très bon livre sans être le livre du siècle (mais qui a tant d'exigences ;) ?).

J'espère vous avoir donné envie de le lire. Et maintenant je file voir ce que Marion en a pensé !!

PS : De la pure poésie dans une casseroleLes accordeurs de piano savent-ils jouer du piano ?

18 commentaires:

  1. Valérie Perruchoud16 juin 2015 à 09:36

    il est captivant ce livre! Et dans le registre des romans à lire sur une chaise longue cet été, il y a "La drôle de vie de Zelda Zonk" -> http://goo.gl/K6q8Vu

    RépondreSupprimer
  2. Mais tellement ! Vraiment dur de le lâcher, en fait, tu fait fi de ta vie sociale pendant quelques jours, c'est pas plus compliqué ! ;)
    Zelda Zonk part immédiatement dans ma liste des "à lire, à voir, à faire", merci !

    RépondreSupprimer
  3. Coucou Maurine !

    Au passage, je profite de la suggestion de lecture de Valérie qui me semble en effet assez « dérangeante » (la suggestion, hein, pas Valérie !!! :-D) dans le bon sens du terme. Remettre en question les apparences, les évidences, les réalités admises, voici qui est très intéressant. À ce propos, as-tu eu vent de « L'affaire François Bugingo » dernièrement ? Hallucinant !

    De retour au livre, je constate que le même sentiment d'entre-deux, de zone grise, de faux-semblant t'as envahi lors de ta lecture (pour des raisons un peu différentes cependant, mais similaires tout de même). C'est vraiment surprenant cette manière de nous déranger tout en nous captivant.

    Je crois que je ferai une recherche prochainement sur le web pour lire encore d'autres critiques et voir si les gens ont tous eu le même sentiment que nous. Par exemple, quelle serait l'appréciation d'une adolescente sur cette histoire ? Ou celle d'un auteur recherchant désespérément un éditeur et un peu de reconnaissance ?

    Je te rejoins également quand tu dis que ce n'est pas le roman du siècle, mais un livre qui se lit très bien (et très vite !!! ). Et il donne aussi à réfléchir par la suite... ce fut donc une bonne lecture ! :-)

    Envie d'une autre lecture commune ? ;-)

    RépondreSupprimer
  4. Marion :) J'ai essayé de laisser un commentaire sur ton blog mais je n'ai pas réussi. Comme je suis contente que tu passes par là :)


    Non, qu'est-ce que "l'affaire François Bugingo" ? Raconte ?


    Ahaha, oui ce livre a un côté dérangeant indéniable. Je n'ai toujours pas réussi à trancher d'ailleurs mais qu'importe, c'est là le talent indéniable d'un bon livre : t'obliger à en sortir pour regarder ce qui t'entoure et te reconnecter avec le "réel". C'est d'ailleurs aussi valable pour les films, je sais pas si tu as déjà ressenti ça toi ?


    Ah oui, une autre lecture commune, avec un très grand plaisir ! Des idées en tête ? Je te connais, tu es pleine de ressources ;)


    Bon je file réessayer de répondre plus en détail à ton billet directement sur "Austin allo la terre veut pas répondre" ;)


    PS : tu vas voir, tu vas en connaître beaucoup plus sur Valérie dans quelques temps, elle est très dérangeante oui ;)

    RépondreSupprimer
  5. BOUHOUHOUHOUUUU je n'arrive pas à te laisser de commentaire.... rien ne s'affiche :"(

    RépondreSupprimer
  6. Coucou !

    Je suis désolée pour les commentaires sur Austin Tout Va Bien. C'est désormais réparé (enfin, je crois). Mille excuses.

    François Bugingo est un journaliste de type grand reporter qui a « couvert » les conflits armés majeurs ces dernières années. Il expliquait, avec souvent des récits très émouvants, ses expériences sur le terrain. Sauf que... il n'a jamais été sur place !!!! C'est une autre journaliste qui en faisant des recoupements de dates a commencé à trouver ça louche et a mené son enquête pour mettre cette imposture à jour. Bien sûr, les gens se sont déchainés sur lui, sur son manque d'éthique et sa mythomanie. Par contre, peu se sont risqués à parler des milliers de personnes qui ont été dupés et qui le sont peut-être par beaucoup d'autres en ce moment même... Si les journalistes le disent, c'est vrai... Cette « croyance » est encore bien ancrée. D'un autre côté, s'il faut vérifier tout, tout le temps, il y a de quoi devenir fous ! Quelle histoire !

    Pour notre prochaine lecture commune, pourquoi ne pas suivre la suggestion de Valérie ? Nous pourrions convenir du 5 août pour la publication de nos billets... jour de la mort de Marilyn Monroe ! ;-)

    RépondreSupprimer
  7. Je crois que c'est réparé. Dis-moi si ça ne fonctionne toujours pas.

    RépondreSupprimer
  8. Oh oui, Usual Suspect, WOW, quel film ! Je ne connais pas True Detective, il faudra que je regarde cette série.

    À sa sortie, le livre de Dicker avait fait grand bruit, te souviens-tu pourquoi ? Je n'arrive pas à me souvenir si les gens louaient le « page-turner » ou s'ils étaient admiratifs face à la manipulation du lecteur dont nous parlons ( se délecter du scandale) et au fait que le « système » soit finalement « démonté » et « dénoncé » quelque part ?

    100% d'accord avec toi pour dire qu'au-delà de la « prouesse », aucune véritable qualité d'écrivain ne se dégage de ce livre.

    RépondreSupprimer
  9. J'ai fait quelques recherches par pure curiosité intellectuelle. Cet article de l'Obs est assez représentatif de tout ce que j'ai pu lire je trouve : http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2012/20121112.OBS9048/lettre-ouverte-aux-detracteurs-de-joel-dicker.html

    RépondreSupprimer
  10. QUOI ? Mais c'est dingue cette histoire ! Il ne s'est jamais rendu là-bas ?! Et alors, que ressort de cette histoire ? Une nouvelle charte éthique ? Une prise de conscience des lecteurs ?
    Purée c'est dingue...


    Je crois qu'un bon esprit critique est un des outils les plus utiles dans la vie. J'ai été marquée par une histoire qui a des liens avec ce que tu racontes : un homme politique français avait twitté des propos absolument inacceptables il y a quelques temps. Emballement médiatique : c'est une honte ! un scandale ! Chacun y allait de son indignation, et ce d'autant plus, que cet homme politique niait toute implication, ce qui aux yeux du public était en plus un peu gonflé et sans aucun doute un peu trop facile. Bref, le type ne lâche rien, porte plainte, mène l'affaire devant les tribunaux et BIM délibération : il s'avère qu'il s'était fait hacker son compte et qu'effectivement, il n'avait jamais tenu de tels propos...
    SAUF QUE le mal est fait : il a sauf erreur rencontré de grosses répercutions professionnelles et sa réputation a été considérablement ternie sans retour en arrière possible, parce-que vois-tu, autant les médias avaient fait grand bruit de l'indignation populaire, autant ils ont fait une toute petite annonce sur le jugement rendu...
    BREF. Pas facile.


    Je valide concernant notre lecture commune :) Tu me fais marrer avec tes choix de dates, very thoughtful ;)

    RépondreSupprimer
  11. :(((
    lol, j'y arriverais jamais... :D

    RépondreSupprimer
  12. En fait tu testes mes nerfs hein c'est ça ? ;D

    RépondreSupprimer
  13. Crabouille !!!! C'est quoi un « jeton CSRF » ??????? J'ai fait un petit test ce matin et ça a fonctionné. Mon commentaire s'appelle « petit test », c'est original, non ?!?!?! :-D :-D :-D

    RépondreSupprimer
  14. Il semble vraiment difficile lorsqu'il y a débat de dépasser le match POUR/CONTRE. Pour chaque argument, un contre-argument. OK. Mais qui se risque à tirer des conclusions ? Malheureusement peu de gens.

    Je tente ici une humble synthèse : que la technique artistique soit maitrisée ou non, l'essentiel est de captiver son auditoire. Que les faits relatés posent des questions morales est secondaire s'il y a divertissement.

    Je disais à la fin de mon billet que cela me faisait « un peu » peur; je crois finalement que ce livre et tout ce qui l'entoure représente merveilleusement bien la société dans laquelle nous vivons et je n'ai plus peur du tout, je suis plutôt remontée à bloc pour continuer de tenter quotidiennement de dire au monde qu'il est nécessaire de revenir à plus de cohérence ! Les jeux de la Rome antique fonctionnaient de la même manière : grand faste de « l'élite » et divertissement pour le peuple, même si hommes et bêtes mourraient sous leur yeux.

    Bon, il faut tout de même rendre à César ce qui est à César ( ah, ah, ah,), ce livre fait couler beaucoup de notre encre !!! :)

    RépondreSupprimer
  15. « Je crois qu'un bon esprit critique est un des outils les plus utiles dans la vie. » Oh que oui !!!!! Ce devrait être une priorité de l'éducation, ça l'est parfois, chez certains, mais peu encore dans les écoles où peu de place est faite au débat. Le modèle est encore assez archaïque, mais certains enseignants transmettent ces capacités d'analyse et c'est précieux. Je fais le voeux ici que chaque enfant croise au moins une personne comme ça une fois au cours de sa scolarité.

    Hou, là, là, les médias... Vaste, très vaste débat !!!

    C'est noté pour notre prochaine lecture commune. :) Qui elle-même nous fera peut-être rebondir sur une autre encore ! ;-) Et une autre encore... et... :-D

    Belle journée !

    RépondreSupprimer
  16. Ahahaha, sacré Harry Quebert ;D
    Que dire de plus ? Je crois qu'on est sur la même longueur d'ondes :)

    RépondreSupprimer
  17. Non pas que je sois une experte hein, mais il semblerait qu'il s'agisse d'une insulte médiévale : "Crasse et Saperlipopette de Relou Florifaire"...


    punaise... il est violent ton blog... ;D ;D ;D

    RépondreSupprimer
  18. Ah mais entièrement d'accord concernant l'esprit critique !!!


    Oh que je me réjouis, j'aime beaucoup rebondir (= regret de ma vie ratée de balle de tennis ahaha) !

    RépondreSupprimer

Le Carnet de Maurine, c est un blog suisse qui se veut comme un carnet de réflexions que l on pourrait ouvrir à n importe quelle page : un sujet en menant tout naturellement à un autre. Une aventure guidée par la curiosité... A l abordage !

Le Carnet de Maurine © 2014-2016. Fourni par Blogger.