Quand le porno devient l'éducation sexuelle par défaut - Make love not porn, Cindy Gallop

Quand le porno devient l'éducation sexuelle par défaut - Make love not porn, Cindy Gallop

"C'est en sortant avec des hommes beaucoup plus jeunes que moi que j'ai commencé à me rendre compte il y a de ça maintenant 7 ou 8 ans de ce qui se passait d'un point de vue (très) intime quand ces 2 choses convergeaient : à savoir, notre liberté totale d'accès aujourd'hui au porno excessivement explicite et notre aversion tout aussi excessive à parler ouvertement et totalement de sexe. C'est cette convergence qui a fait que le porno est devenu l'éducation sexuelle par défaut."
Cindy Gallop,  créatrice de Make Love Not Porn


Sur Happenstance.ch, on parle beaucoup de l'amour sous toutes ses formes, le sexe en est une. Peu importe les pratiques de tout un chacun, là n'est pas le sujet. Non, la question est la suivante : Quel est l'impact du porno sur notre société ? Sur la nouvelle génération biberonnée à un internet sans limites (avec les joies et les inconvénients) ? Quel impact sur nos relations intimes ?
"'Make Love Not Porn' n'est pas anti-porno. Le porno n'est pas le problème. Le problème est l'absence complète dans notre société d'une communication ouverte, saine et sincère sur l'ensemble des sujets abordant le sexe dans le monde réel. Et par conséquent, à l'absence de recul face à une industrie du divertissement versus le monde réel. (...) Du coup, notre slogan est "Pro-sexe, pro-porno, pro-connaître la différence... et en parler !".

Cindy Gallop apporte une partie de réponse. Courageuse, intelligente, elle a flairé autour de cette question un vide, des besoins, une certaine détresse aussi. Plusieurs choses sont passionnantes dans cette conférence, la première, évidente, la place du porno dans notre société, la deuxième, induite, la place de l'action dans la réflexion, la troisième, la part de l'intéressement dans l'évolution de notre monde.

Son analyse de la situation me semble d'une cohérence rare. Son art de la rhétorique y est sans aucun doute aussi pour quelque chose et j'admire sincèrement sa capacité à aborder un sujet aussi gênant que le sexe et nos pratiques plus ou moins hasardeuses dans des termes aussi simples, sans virer dans le vulgaire ou le "gnangnan".
"La raison pour laquelle il est si important de parler ouvertement et sincèrement de sexe est la suivante : nous sommes tous terriblement vulnérables une fois nus. Les égos sexuels sont très fragiles. Les gens trouvent étonnamment très difficile de parler de sexe, même avec ceux avec qui ils le pratiquent. Parce-que nous sommes terrifiés à l'idée que si nous disons quelque chose concernant nos pratiques sexuelles, nous allons blesser l'autre voire instaurer un trouble dans la relation en la fragilisant parfois de façon irrémédiable."
Elle arrive à rendre le sujet plus qu'acceptable finalement. Et c'est drôle que j'écrive cela car c'est justement une des premières questions à laquelle elle a tenté de répondre une fois son constat mené. Comment faire en sorte que le 'vrai sexe' soit socialement acceptable et donc aussi socialement partageable sur les réseaux sociaux ?
"Alors nous avons créé 'makelovenotporn.tv'. Il s'agit d'un site internet permettant de partager ses propres vidéos de "vrais gens" en train de "vraiment faire l'amour". (...) Attention, il ne s'agit pas de "performance", il s'agit de filmer le sexe de la vraie vie dans tous ses moments qu'ils soient glorieux, maladroits, bizarres ou gênants."
Quand le porno devient l'éducation sexuelle par défaut - Make love not porn, Cindy Gallop

Et là, on rentre pour moi dans la partie qui me laisse perplexe et en même temps pourquoi pas ? Car oui, non seulement, ce sont des gens comme vous et moi qui rendent accessible leurs ébats en ligne mais avec en plus, un modèle de génération de revenus... hé oui, Cindy Gallop est une formidable businesswoman ! Mais ne soyons pas blasés ni même naïfs, nous le constatons chaque jour, la part de l'intéressement dans l'action est un élément de motivation clé : aussi bien pour l'utilisateur de la plateforme de partage que pour celle qui la met en place dans le cas présent.

Utilisons si vous le voulez bien le véhicule proposé par Cindy Gallop pour poursuivre notre réflexion car la suite est hyper intéressante...


Comme partie intégrante voire essentielle de son concept vient la notion de #realworldsex.
1. Le #realworldsex est amusant. Si l'on ne peut pas rire de nos pratiques sexuelles, alors de quoi pouvons-nous rire ? Le porno lui, n'est pas amusant. Et pourquoi insistons-nous là-dessus ? Parce-que nous voulons rassurer les gens, la même merde arrive à tout le monde et nous ne le savons pas car nous n'en parlons pas. Le moment fatidique de l'application du préservatif par exemple (...). 
2. Le #realworldsex est un peu cracra. Les gens disent souvent du porno que c'est sale. Or, c'est le contraire, le porno est hyper propre/édulcoré. On ne voit pas de poils, personne n'utilise de lubrifiant (...) et toutes les choses qui arrivent dans le sexe de la vraie vie, n'arrivent jamais lors d'un porno (...).
3.  Le #realworldsex est responsable. Dans le porno, soit il n'y a pas de préservatifs, soit un préservatif apparaît de nul part. (...) J'utilise des préservatifs en permanence, et je veux voir le sexe que moi je pratique, mais je veux aussi avoir des idées créatives et érotiques sur la façon de mettre, enlever, jeter un préservatif. (...)  Et si nous avions tous des idées plus créatives sur ces moments gênants, alors il y aurait beaucoup plus de relations sexuelles sans dangers, beaucoup moins de maladies sexuellement transmissibles et beaucoup moins de grossesses non désirées.
Non seulement je trouve cela très instructif mais je partage en plus cette vision.

Et Cindy Gallop va encore plus loin, elle peaufine les détails d'un site internet dont le design neutre vous permet de naviguer sur le site sans craindre les regards indésirables qui penseront que vous lisez un magazine en ligne (à condition que vous ne soyez pas en train de regarder une des vidéos accessibles sur le site). C'est encore le fameux "socialement acceptable, socialement partageable".

En parlant de sexe ouvertement, elle lutte aussi contre le vide que le porno est en train de combler en termes de langage du sexe. L'industrie du porno étant à prédominance masculine, elle pointe à juste titre que les expressions sont bien trop souvent peu flatteuses et engageantes pour la gente féminine et invente de nouveaux mots.

Non, franchement dit, en prônant une communication saine et ouverte, Cindy Gallop est en train de créer un monde meilleur pour nos enfants qui, a deux ou trois clics souvent innocents de recherches google, découvrent un monde du "divertissement" gouverné par des magnats à la vision stéréotypée et étriquée. Moi, je veux un monde en couleurs.

Je n'ai pas trouvé de sous-titres français, par contre, vous pouvez choisir les sous-titres anglais directement sur la vidéo ci-dessus.

PS : On avait déjà pas mal aborder la part de l'intéressement dans les motivations à entreprendre avec Monica Lewinsky & l'amour en cage... curieux ?

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